INTERVIEW NIKI LA REBELLE

Parles-nous un peu de toi…

Bonjour je suis native de la Corrèze. J’ai un certain âge et un âge certain, celui de la maturité et d’un vécu, ma foi, pas commun…J’ai grandi dans un petit village de campagne. Petite, les études m’intéressaient peu, voire même pas du tout. Excepté les cours de dessins où j’étais la seule à être assidue. Le soir à l’heure de faire mes devoirs je cachais des feuilles canson sous mes livres, afin que mes parents ne les voient pas et je gribouillais des personnages en cachette. Il m’est arrivé de me faire prendre et sévèrement gronder mais cela m’était bien égal.  Je recommençais encore et encore, bien que ma mère me disait : « cela ne te donnera pas un métier ». « Métier ?  Mais que veut-elle que je fasse ? Ce que j’aime moi c’est gribouiller et rien d’autre », me disais-je.

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Pour le reste, je préférais passer du temps à faire l’école buissonnière et à me retrouver auprès de personnes plus âgées que moi, voire même très âgées. J’aimais écouter leurs histoires, me nourrir de leur vécu. C’était ça ma façon à moi d’étudier. L’histoire de leur vie était pour moi toute une aventure : je buvais leurs paroles,  j’aimais l’expression de leurs visages lorsqu’elles s’exprimaient…  Je les observais pour me repasser le film le soir dans mon lit. A l’âge de 14 ans, ma meilleure amie en avait  87, c’est pour vous dire.

Je ne me sentais pas en adéquation avec ceux de mon âge, j’étais rarement d’accord avec leurs idées, leur façon de voir les choses. Je ne savais faire autrement que de le leur dire, ce qui créait maintes disputes et crêpages de chignons.

On m’a vite traité d’antisociale et de Rebelle. Je prenais donc le plus souvent possible le large en m’enfuyant les nuits découvrir « le monde  de la ville », voir si l’herbe était plus verte. J’avais envie de transcrire ce que je ressentais mais n’ayant pas de quoi m’offrir tout l’attirail pour dessiner, je me suis mise à écrire  de courtes histoires ainsi que des poèmes.

Mon attitude de Rebelle et de fugueuse avide de liberté m’a donc menée dans un foyer, où bien sur je ne suis pas restée. J’ai pris le large au plus vite et à l’âge de 16 ans j’ai vécu un an à la rue. J’ai y ainsi rencontré un tas de personnes différentes et intéressantes, ce qui m’a permis d’écrire à nouveau de courtes histoires sur tous ces personnages.11651230_985640734809440_543542352_n (1)

Quand as-tu commencé à t’intéresser au dessin ?

C’est vers 26 ans que j’ai repris un peu les crayons et recommencé à gribouiller des visages. Je me suis vite rendue compte que j’avais un long chemin à parcourir. C’est 25 ans plus tard seulement que j’ai pris le temps de me pencher pus sérieusement sur cette passion enfouie en moi et mise de côté faute de temps.

Ce qui m’a permis d’évoluer c’est de repasser dans ma tête toutes ces personnes rencontrées au fil de ma vie,  de refaire défiler au ralenti ma façon de les observer à cette époque.jean-gabin

 

Quelles sont les principales techniques que tu utilises ?

Il m’est impossible de dessiner le portrait d’un visage qui ne me parle pas ou qui ne me donne aucune émotion. J’ai besoin d’un ressenti, que ce soit pour un portrait ou une scène de vie. Il faut que pour moi intérieurement cela soit fort. Et là seulement dans le silence, je prends mes crayons graphites, mes fusains, mon charbon de bois en bâtonnet, mon crayon noir à l’huile, mon pastel noir et blanc et je laisse glisser tout cela sur la feuille en m’octroyant des instants ou je ferme les yeux pour mieux « croquer » dans ma tête chaque ride d’expression, chaque lueur dans le regard… J’aime le noir et blanc pour ces instants là, peut-être cela est-il pour moi comme si je dessinais un  vieux film avec tous ces visages croisés tout au long de ma vie. Rares sont les fois ou je me sers de couleurs, sauf dans des instants d’émotions telles que la colère, la peine, la rébellion. Mais maintenant,  j’utilise de l’encre de chine ou de l’acrylique.  C’est avant tout un défouloir, ce n’est pas vraiment mon domaine de prédilection.

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Niki la rebelle en pleine concentration artistique..

Si tu étais un tableau de maître, lequel serais-tu ?

Le jardinier Vallier de Paul Cézanne, 1906. Tout simplement parce qu’il me parle par sa simplicité  et me donne une émotion, celle de la Terre et de la vraie vie.

Es-tu réellement rebelle ? 

En tout cas c’est ce que l’on dit toujours de moi ;-), donc il doit bien y avoir une part de réalité après tant d’années 😉

Quel est l’artiste qui t’influence le plus ?

Je pense qu’il est le Maître des maîtres. Son plus grand tableau est « le MONDE »  et sa plus belle œuvre,  « LA VIE ».

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